Le poste de radio clandestin Arthur 1 |
Arthur 1 était le nom de code d'un poste de radio clandestin qui permettait aux prisonniers de capter la BBC et d'avoir des nouvelles de l'extérieur. Les composants étaient parvenus à Colditz dans des colis astucieusement récupérés avant leur fouille par les Allemands. Le poste était camouflé avec génie derrière un mur de 40 cm d'épaisseur sur le plancher du grenier de la pièce voisine. Une carte d'Afrique était peinte au mur. Certaines villes telles Dakar, Tunis, étaient des boutons qui permettaient le réglage de l'appareil grâce à des tiges qui traversaient le mur. L'alimentation était reprise à partir de la douille de la lampe éclairant la pièce et pouvait être débranchée rapidement en cas d'alerte. L'appareil qui était pratiquement indétectable, fut découvert par les Allemands à la suite d'une trahison. Au mois de juin de cette année, sur une brocante de Haute-Marne, je tombe par hasard sur le livre d'André Perrin "Evadé de guerre viaColditz". Je sais que M. Mortimore mentionne ce livre dans l'abondante bibliographie de son ouvrage mais qu'il n'en possède pas d'exemplaire. Aussi je l'achètre sans hésiter dans l'idée de lui prèter un moment. André Perrin est un militaire de carière pur et dur qui s'adresse avant tout à ses pairs. La lecture du livre est parfois fastidieuse, néanmoins un paragraphe en bas de page 147 me stupéfie !
Les passages surlignés sont à rapprocher des informations suivantes extraites du récit de mon père : ...Julien, notre infirmier, m’a soigné de son mieux... ...On a dit et écrit depuis, que celui qui avait "indiqué" la cache aux allemands, était parmi nous.... Ci-dessous une photo datant d'avant la guerre de Julien Kérignard en séminariste. Selon mon père c'était un sujet tabou. Toujour selon lui, Julien était resté muet sur les raisons qui lui avaient fait abandonner la prêtrise après la guerre. Lorsqu'il s'est évadé mon père a cherché une aide auprès de Julien qui se trouvait à Paris, officiellement libéré pour raisons de santé. C'est peu dire que tout cela est pour le moins troublant et qu'il ne fait désormais guère de doute que Julien Kérignard, mon parrain, est probablement le "K" mentionné dans le livre de Perrin. Mars 2004 Dave Minett, le sympathique anglais passionné d'histoire qui a traduit le récit, me fait cadeau d'un exemplaire du livre de Henry Chancellor. A l'instar du "Grand refus" de Albert Maloire, ce livre est une synthèse des faits connus de l'histoire de Colditz, rassemblés à partir des éléments fournis par 76 témoins. Voici ce qu'on peut lire page 251 :
assorti d'une note page 424 :
Je suis absolument sur que mon père a longtemps ignoré la vérité. Le nom du coupable lui fut-il révélé par ceux qui connaissaient la vérité dès les années 70, puisqu'il évoque : "celui qui a été désigné nommément par la suite" ? C'est possible ! Je ne le saurai probablement jamais. A la date où il écrit le récit il semble que l'affaire reste pour lui un mystère. Il n'est pas question pour moi de porter le moindre jugement sur des faits si anciens et qui se sont déroulés dans un contexte si singulier. Julien s'est marié après la guerre. Il a eu trois enfants. L'ainé, qui aurait eu le même âge que moi, est mort tragiquement à l'age de 6 ans, écrasé par un autobus en sortant de l'école. J'ai beaucoup hésité avant de relater ces faits ici. En y réfléchissant il m'a semblé difficile de les taire compte tenu leur importance par rapport au récit de mon père. En le faisant j'espère toutefois très sincèrement ne pas blesser les proches qui seraient amenés à en prendre connaissance sur ces pages. Dans son livre Perrin fait état de la date de l'an 2000 fixée pour conserver le secret par le Capitaine Eggers, officier de sécurité allemand qui a découvert Arthur. Les révélation du livre de Henry Chancellor quand à elles datent de 1988 mais le livre n'a été publié qu'en 2001. Quoi qu'il en soit, Julien reste pour moi le gentil parrain au délicieux accent marseillais, qui faisait si bien la bouillabaisse. |
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